Rencontre avec le sieur d’Artagnan

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Lorsque j’ai écrit Chronosurfer- Les pisteurs du temps, la bande des quatre amis se rend au cinéma pour voir une nouvelle version des Trois mousquetaires. Les esprits de nos jeunes aventuriers s’enflamment vite devant l’écran. Bien sûr, j’ai adapté les dialogues à ma sauce en tentant de respecter l’esprit du roman de Dumas.

Le cinéma de Senlis est bondé. Les quatre ont repéré des fauteuils contigus au premier rang – merci l’application lampe de poche sur téléphone portable ! Sur l’écran les célèbres héros d’un roman d’Alexandre Dumas prennent vie.


— Somme toute vous résidez ici, néophyte écervelé, pour devenir mousquetaire du roi ? Diantre, rien que cela ? Maniez-vous au moins la rapière, impétueux prétendant ?
Aramis s’exprime en gentilhomme. Son compagnon, Athos le sanguin, beaucoup moins. Il s’enflamme promptement :
— Si nous testions ce freluquet sur-le-champ ? J’ai grande envie de mirer ce foutriquet à l’œuvre.
— Itou, ajoute Porthos. Disputons ça prestement, une faim de loup me vrille les entrailles. Ce matin, je n’ai avalé qu’une douzaine de poulardes rôties. Réglons cette affaire dans l’instant, j’ai hâte de regagner vigueur devant une table sérieusement garnie et d’un agréable vin gouleyant.
Les trois briscards ont dégainé leur épée pour l’escarmouche. Ils mettent d’Artagnan en garde en l’encerclant. Celui-ci riposte :
 — Tout doux ! Je ne refuse pas l’affrontement, mais n’y a-t-il point d’enjeu ? J’aimerais vous en suggérer un. Examinez celui-ci, mes gaillards : si vous l’emportez, vous disposez de ma personne. Dans le cas contraire, je puis m’enrôler dans votre régiment.
Considérant leur victoire comme assurée, Aramis réagit sans crainte :
— Évidemment, fougueux naïf, nous vous donnons notre parole. Et au diable les interdictions de duels. Nous clôturerons ce différend au premier sang. De la sorte, vous déguerpirez sain et sauf chez vous, en Gascogne, sur votre piteuse monture !
Le combat singulier s’engage.
— Tu me passes le pop corn, Thibault.
— Chuuut ! Tais-toi Bonaventure, l’action démarre.
Des trois, Athos charge le premier. Il amorce une attaque afin d’éprouver son adversaire. Il bat la lame de d’Artagnan, puis coule son fer en allongeant la pointe. D’Artagnan ne déserte pas. Il lutte vigoureusement et envoie.
— Et le coca ? Tu m’envoies le coca.
Énervé, le deuxième rang entame les hostilités :
— C’est fini vos commentaires !
Prime, seconde, il riposte dedans et dehors.
Pendant ce temps, les deux hommes restants l’assaillent de concert avec Athos.
Quarte, quinte… un de taille, l’autre d’estoc.
Il faut toute la science du jeune gascon pour se saisir d’un quelconque avantage. Battement, froissement. Il touche ! Athos est contré, gratifié d’une infime estafilade sur la joue. Le malheureux se retire, dépité.
Pour les deux restants, rien à ce moment n’importe autant que cette bataille. Aramis tente une botte secrète tandis que Porthos, qui ne manufacture pas dans la dentelle, fonce sur d’Artagnan comme un bélier.
Sixte, septime… il estourbit Porthos, et le laisse chuter emporté par son élan sur un tas de fumier. Il en profite au passage pour lui zébrer une partie charnue de son anatomie.
Porthos se relève : étonné, sonné et hors-jeu… la fesse douloureuse.
Il ne subsiste qu’Aramis qui enrage de plus belle. Les deux acharnés sautent, tombent, se projettent du sable aux yeux, s’entaillent. La lutte n’a plus rien de courtois. Battement, enveloppement, liement, position en octave, en riposte… Aramis est blessé au front, une maigre coupure.
— YES ! crient de concert les quatre apprentis aventuriers.
— Fermez-la ! peste un spectateur.
Les quatre compagnons craignant de louper la fin de la projection se taisent complètement.
— Eh bien, mes gentilshommes, votre avis ? Suis-je en mesure de rejoindre votre corps d’élite ? Mordious !
Les trois sabreurs le dévisagent, déconfits. Porthos est le plus prompt à assimiler la leçon.
— Palsambleu ! L’ami, je t’estime digne de ferrailler avec nous. Tu t’acquitteras aisément de la tâche. Après les trois mois d’instruction, tu seras doté comme tout soldat du roi.
Athos pointe son arme vers le bas en rugissant :
— Un pour tous !
— Tous pour un ! répliquent ses deux complices.
En joignant le geste à la parole, les épées s’entrechoquent en un serment sacré. Fier, d’Artagnan y mêle la sienne.
En sortant du ciné, les quatre comparses se comparent tout de suite aux valeureux héros de cape et d’épée.
— Vous réalisez les gars, nous sommes quatre comme les trois mousquetaires.
— Chouette ! « Un pour tous ! Tous pour un ! » lâche Alexandre, excité par tous ces duels et surtout par le décolleté de Milady.
Thibault grisé par le film a soudain une idée.
— Puisque nous avons des points communs avec eux, je propose d’adopter cette formule comme devise mais en la modernisant.
— Comme quoi ?
— UPT, pour un pour tous. TPU pour…
— Tous pour un ! rugissent-ils en chœur.

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