Au zénith de ma couche, l’œil écarquillé suinte la noirceur de l’abîme.
Les ténèbres noient l’iris. Le froid et l’horreur, sublimes compagnons du Malin, conduisent un étrange sabbat. Ce regard fixe finit par m’engourdir les sens.
Condamné à jouer les psylles, je m’assieds en tailleur et prie Shiva le protecteur. Armé d’un pungi, je nasille une mélopée enivrante dont les sons, entremêlés à ma respiration, rebondissent sur les parois de mon imaginaire. Charmer les chimères, voilà tout mon combat.
L’œil sourit, du moins je l’espère. Sa couleur vibre aux sons de ma flûte cependant que le noir pupillaire flamboie, chagrine, traverse en moi de vastes territoires inconnus.
Voici qu’il lance des éclairs ! Insensible, tel Polyphème l’affamé, il s’élargit encore pour bientôt m’avaler. La pupille dilatée renvoie l’image de ma terreur. Les cils charbonneux me lacèrent le visage. Cet œil est une bouche, un passage vers l’autre monde.
Peu à peu, le vide m’appelle. Les notes se perdent.
Seul ; j’explore la courbure de ce continent. J’exècre ma vie passée, mes pleurs se mêlent à cet océan d’incompréhension. Les lames rageuses me fouettent, m’enfièvrent, me happent vers le fond. Où dois-je me rendre ? Quels choix s’offrent-ils à moi ?
Celui de Charybde ou bien de Scylla ?
Puis, après un temps qui n’existe plus, j’émerge, engourdi, les membres lourds, le corps fripé, le palais humecté du sel de l’au-delà.
Je vomis de l’eau, du fiel et des injures.
Les hommes qui m’ont sauvé n’en croient pas leurs oreilles.
Aujourd’hui, je suis mort noyé mais l’œil n’a pas voulu de moi…

Silentyum by elreviae on DeviantArt